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On pourrait croire que c’est incroyable, et pourtant c’est vrai : je suis arrivé de Chine, dans une université où une collègue était sur le point d’organiser un colloque international sur les écrivains francophones d’origine chinoise. Quand j’en parle en France, on pense que cela vient de moi, mais pas du tout. Je ne suis que le co-organisateur.


Je la connais bien, cette collègue, je la fréquentais déjà lorsque j’habitais à Dublin, avant d’aller en Chine. Puis au fil des années, elle s’est mise à se spécialiser dans ces écrivains d’origine chinoise, les François Cheng, les Shan Sa, les Dai Sijie.


Dans un restaurant chinois, elle m’invite à me joindre à elle pour organiser la chose, et nous voilà embarqués dans un colloque au contour évidemment un peu flous. Après réflexions, et aidés par des amis, nous sommes convenus d’un titre : “
Traits chinois, lignes francophones“. Nous voulions jouer un peu sur l’idée de “trait” qui rappelle à la fois les idéogrammes chinois (constitués de traits), mais aussi de traits du visage et du tempérament (trait de caractère), ainsi que sur celle de “ligne” au sens des courbes d’un corps, de silhouette, mais aussi de lignes d’écriture. Bon, tout cela donne un titre un peu banal peut-être, mais qui possède assez de sens pour pouvoir être tiré dans plusieurs directions.


On se demande qui inviter comme “Guest speaker“. On a juste assez d’argent pour faire venir une personne, tous les autres participants doivent se débrouiller par leurs propres moyens. Plusieurs noms sont évoqués, plusieurs projets de lettres d’invitation écrits, puis des lettres sont envoyées, et le résultat des opérations tombe un beau matin : le grand écrivain Gao Xingjian accepte de venir à Belfast!


D’habitude, pour un colloque de ce genre, on obtient la visite d’un universitaire un peu réputé, qui a publié quelques bouquins relativement reconnus dans le milieu - et c’est justice, d’ailleurs, car c’est ainsi qu’une culture académique se forme et se développe - mais pas d’un prix Nobel de littérature! En outre, nous faisons coup double car nous aurons exceptionnellement deux “guest speakers” : l’auteur de la Montagne de l’âme, donc, et M. Zhang Yinde, professeur de littérature comparée à la Sorbonne. On peut dire qu’on a bétonné au nveau des invités.


Maintenant quels participants ? De mon côté, j’aurais aimé faire venir Neige, pour qu’elle nous parle d’internet en français, mais surtout pour que ce colloque lui soit une occasion de découvrir l’Europe, mais elle a finalement décliné l’offre, au prétexte bien compréhensible qu’elle n’avait rien à dire sur les sujets proposés. J’aurais aussi voulu que Ben vienne nous parler d’une des nombreuses problématiques liées à la Chine dans lesquelles il s’est formidablement égaré. J’attends sa proposition de conférence.


Nous avons eu des propositions intéressantes, venant d’Afrique et d’Europe, mais encore aucune venant de Chine, et je ne sais pas s’il faut s’inquiéter de cela.


Sinon, je lance ici un appel : quelqu’un serait-il disposé à venir nous parler de
l’Institut Franco-Chinois ? C’était à Lyon, entre les années 20 et les années 40, la seule université chinoise basée à l’étranger. Il y a eu des thèse de doctorat soutenues, sous la direction de Marie Curie entre autres, il y a eu des peintres comme Zhang Su Hong dont Malade fièvreuse se trouve dans les réserves du musée des Beaux-Arts de Lyon. Des musiciens, des scientifiques, des hommes et des femmes.


Il y a eu aussi des écrivains comme “Jean-Baptiste” Jing Jinyu, traducteur de Romain Rolland et de Lu Xun. De retour à Shanghai, malade et désargenté, il s’est donné la mort en sautant dans la rivière Huangpu (1931).


On l’aura compris, je serais très peiné que le colloque ait lieu sur des écrivains et des artistes connus, et que rien ne se dise sur ces pionniers chinois qui étaient venus en France dès les années 1910. Je suis sûr que des chercheurs travaillent sur ce sujet, et seraient heureux de venir à Belfast, mais comment les trouver ?

La politique étrangère de Sarkozy a connu, paraît-il, des succès. Je ne sais pas, c’est bien possible, mais ce qui me frappe, pour ma part, c’est la continuité dans l’erreur. Afrique, Chine, Iran, la France se décridibilise avec acharnement.

AFRIQUE - Le discours de Dakar, prononcé en 2007, est maintenant une archive historique et il suffit de le réécouter, même en partie, pour en être choqué. Venir en Afrique noire pour dire aux gens que “l’homme noir” n’est pas assez “entré dans l’histoire” et que c’est là “son drame”, est injustifiable et témoigne, de la part de la personne qui a écrit ce discours, de ce qu’on appelle la connerie dans les bar-tabac des villes de province. L’ensemble du discours prête à rire et aura des conséquences néfastes sur notre rapport à l’Afrique pour longtemps encore. Plutôt que de se tasser, les effets vont apparaître avec le temps car le racisme y est relativement bien dissimulé derrière des citations de Senghor. Ce qu’il faut savoir, c’est que ce discours est maintenant un document qui fait date dans les études postcoloniales, et l’université le prend et l’analyse comme un symptôme particulièrement parlant et radical, presque pathologique, du néocolonialisme.

CHINE - Après l’Afrique, voilà que notre président se ramasse avec les Chinois. Il parvient à se mettre à dos l’ensemble de la blogosphère chinoise, et pas seulement le gouvernement. Ses gesticulations autour des jeux olympiques n’ont donc servi strictement à rien, je crois que c’est aujourd’hui admis. Aucun dossier bilatéral n’a avancé depuis l’élection de Sarkozy. Rien de positif n’est apparu ; au contraire, on en est encore à tenter de réchauffer les relations diplomatiques pour que les Chinois reviennent à la position normale qui est la sienne, et qui consiste à signer des contrats avec la France autant qu’avec d’autres pays européens. En contrepartie d’un délabrement des relations Franco-chinoise, rien n’a bougé au niveau des droits de l’homme, des prisonniers politiques. Bref, échec total vis-à-vis d’un pays qui était pourtant bien disposé à notre égard, et qui devient, à la faveur de la crise actuelle, un acteur fondamental de la géopolitique.

IRAN - Sarkozy a sur le dossier iranien une position plus dure encore que celle des Américains. Il ne prend prend pas en compte le changement d’approche d’Obama ; il est encore sous Bush et se croit dans son bon droit en se lançant dans un bras de fer avec Téhéran. On croit rêver! A ce niveau, ce n’est plus de l’incompétence, cela ressemble à de la bêtise. Va-t-on se mettre à dos tous les pays émergents ? Je ne veux même pas entrer dans le détail de l’affaire, je veux seulement critiquer l’attitude formelle. Au niveau des formes, le président de la France ne peut pas venir dans des pays étranger et prendre de haut des gouvernements étrangers, c’est juste quelque chose qui ne se fait pas.

Et surtout, la France se décridibilise quand elle exige que l’Iran rentre dans le rang ”en cessant immédiatement ces activités destabilisantes et en répondant sans délai aux demandes de la communauté internationale” (lemonde.fr avec AFP, 28 sept. 09), sans pouvoir ni vouloir passer à l’acte pour faire respecter sa demande. On appelle cela des gesticulations à contre-temps, et ça ne peut que réjouir le gouvernement de l’Iran qui voit là une démonstration inespérée de l’idée que les Occidentaux leur refusent l’indépendance.

Ce qui me choque dans ces trois dossiers, c’est l’inculture qui semble présider à tous ces mouvements. Quand Sarkozy pense Iran, à quoi pense-t-il ? Pays pauvre, musulman, anti-occidental, il pense peut-être turban, barbe blanche ? Mais quand on pense Iran, il faut d’abord penser Perse, civilisation ancestrale, culture raffinée, profondeur historique. Nous devons aller à Téhéran avec la grandeur de la Perse à l’esprit et Hérodote dans les valises. Il ne faut jamais oublier qu’à l’époque d’Hérodote, par exemple, l’Asie centrale et toute l’Egypte était sous la domination de la Perse, et que les Iraniens n’oublient pas leur grandeur passée. Nous ne pouvons avoir de bonnes relations avec l’Iran si nous ne connaissons rien de son histoire. C’est aussi important que de savoir ce qu’est devenue la sociologie du pays, sa classe moyenne, le rôle des femmes, les mouvements démographiques. Or, Sarkozy se contrefiche de tout cela.

Plus généralement, je crois qu’il faut en finir avec les effets de manche diplomatiques. Les rapports entre pays ne sont pas une affaire de décisions brutales et de rodomontades, elles sont faites d’un long travail de connaissance mutuelle, d’échanges, de frictions, de négociations, sur un temps long et patient. Avec le temps, je me désolidarise des manifestations pro-tibétaines qui ont eu lieu à Paris en mars 2008, et que j’ai un peu soutenues à une époque. Non seulement elles ne feront jamais rien avancer sur le terrain et elles blessent les Chinois , mais surtout elles enracinent des idées stupides et erronées dans l’esprit de la jeunesse occidentale. L’idée que plus on criera plus on aidera les opprimés. L’idée que le Tibet était un pays indépendant avant l’invasion chinoise des années 1950. L’idée qu’on est pur lorsqu’on traite les Chinois d’assassins. L’idée que la France est un pays qui peut exiger des choses aux autres. Là aussi, l’inculture était essentielle aux manifestations anti-chinoises. Qui, parmi les manifestants de Paris, s’étaient jamais penché sur l’histoire du Tibet ? Pour aider les Tibétains, il y a d’autres leviers, plus discrets, sur lesquels agir.

Et d’abord se cultiver sur les régions du monde qui nous intéressent. Les relations internationales ne devraient-elles pas être le lieu de la connaissance, de la recherche patiente, de la lecture et des traductions des grandes oeuvres ?



Il y a deux mariages de prévus, un en Normandie et un à Hong Kong. J'ai choisi celui de Normandie, bien que je préfère Hong Kong au Calvados.
Il se trouve que la région où prenait place le mariage était aussi la région de mes ancêtres.

J'ai débarqué à Vieux Pont en Auge, avec ma veste de paysan et ma casquette turque qui me donnait un air de gentleman farmer irlandais.

La fête fut exquise, avec une messe réussie dans une minuscule église sur la colline. J'ai rencontré de charmants convives, dont une fille avec qui je n'ai pas parlé mais qui dansait merveilleusement bien. Les mariés étaient les plus éclatants, comme de juste, et il ne laissèrent jamais transparaître leur tension nerveuse. Au contraire, tout se passa dans un rythme serein, plein de self control et de bonhomie. Une leçon d'élégance.

J'ai pu renouer avec les anciens copains du Face bar, Arthur et marc, joueurs de billard et musiciens devant l'éternel. Tellement musiciens que nous eûmes le projet, à Shanghai, d'enregistrer quelques unes de mes chansons. Marc et Aloïs à la guitare, Greg à la basse et Arthur à la batterie, j'aurais chanté mes textes qui racontent tous la même histoire, d'une femme qui rencontre un homme et qui se fout de sa gueule.

J'ai eu la joie de revoir Fanny Gong, une Chinoise qui fait partie de mes plus anciennes camarades de ma vie nankinoise. J'adore, j'ai toujours adoré la voix de Fanny, et son calme et son rire dans les relations humaines. Si j'avais de l'argent, je l'embaucherais pour être près de moi tout le temps et me faire la lecture. Je le disais déjà il y a cinq ans et je le redis ici. Nous avons finalement passé la nuit ensemble, elle et moi, du dîner jusqu'au train du retour à Paris le lendemain. Nous avons pu visiter la basilique de Lisieux, et discuter de choses importantes et futiles.


J'ai assisté à mon premier mariage franco-chinois.



Grégoire, que j'ai connu il y a cinq ans à Nankin, vient d'épouser une jeune femme de Hong Kong qui travaille à Shanghai. J'avais déjà consacré
un billet à Grégoire, un billet qui ne rendait pas justice à sa grande énergie vitale.

Dans mon billet de Nankin en douce, je le décrivais comme une personne lasse. C'est parce qu'à l'époque je faisais de la littérature et je cherchais à dresser des portraits. Cela m'amusait de montrer Grégoire en businessman fatigué, faisant fortune en traînant des pieds, ignorant volontairement le dynamisme qui lui permettait de rester debout des nuits entières à faire la fête.

Quand moi aussi j'ai déménagé à Shanghai, nous nous voyions régulièrement au
Face, un bar très classe sis dans l'ancienne Concession française. Avec Aloïs, Arthur et Marc, nous buvions des bières et des "Baccardi cokes" dans ce qui est vite devenu notre QG. Nous commandions des cocktails et des choses plus relevées uniquement quand nous accueillions des visiteurs ou que nous nous trouvions en présence galante.

En fait de galanterie, un soir, une petite bande de Hong-kongaises a déboulé dans le bar et a retourné le destin des vieux des garçons joueurs de billard que nous étions. Chinoises et anglophones, travaillant dans la com et jouissant de budgets spéciaux pour les sorties et la vie sociale, ces filles offrèrent le champagne à une heure très avancée de la nuit.

Grégoire fut touché au coeur par l'une de ces Hong-kongaises. Caroline partageait avec lui le goût du travail bien fait et celui de la vie nocturne. Ces deux-là ont immédiatement vécu ensemble, s'accordant sur un rythme de vie difficile à suivre pour un sage précaire. Ils allaient pouvoir s'assagir ensemble, l'un par l'autre, et s'embourgeoiser s'il le fallait, mais à leur rythme.

Il me plaît d'imaginer, parfois, que j'ai joué mon petit rôle dans leur histoire. Quand Grégoire vivait sa vie dans les boîtes et que Caroline, dans ces mêmes boîtes, me faisait part de son incompréhension, je lui expliquais la façon d'être un homme en France, et la rassurais sur l'amour que Greg nourrissait pour elle. Je lui disais, ce qui était vrai, que mon ami allait mieux depuis qu'il était avec elle, qu'il était plus serein, plus heureux. Quand ils se retrouvaient seuls, elle l'interrogeait et il confirmait.

Un soir de coupe d'Europe, alors que la France perdait lamentablement contre l'Italie, et que le sélectionneur demandait en mariage sa compagne devant les yeux incrédules de tous les supporteurs dépités, Greg et moi marchâmes dans les rues de la Concession française et bûmes des verres dans tous les tripots qui étaient encore ouverts. Je ne sais plus de quoi nous parlions, mais sans doute de questions pleines de sens. Dans la bande j'étais vu comme "le philosophe", celui avec qui on parle de choses métaphysiques.

Après un petit déjeuner à l'aube dans un bar hybride, Grégoire prit un taxi, rentra chez lui et réveilla Caroline. Ivre et le coeur prêt à éclater, le coeur lourd d'une vérité existentielle qu'il devait partager sans attendre, il fit sa demande en mariage. Caroline dit oui, mais eût espéré un romantisme un peu plus conventionnel. Il lui offrit ce romantisme de série télé quelques jours plus tard, avec bague et genou à terre.

Mais l'historiographie retiendra la belle ivrognerie qui baigne leur rencontre, leur amour et leur entourage. Quand je pense à Caroline et Grégoire, je pense à Scott Fitzgerald et Zelda, et aux belles pages que Deleuze a écrites sur eux. "Le goût du whisky sur mes lèvres... La lueur de folie dans mes yeux..."

Quand j’ai connu Gregoire (c’etait en 2001), il habitait Wen Ling, charmante bourgade du Zhe Jiang au bord de la mer comptant quelques millions d’ames. L’activite privilegiee du lieu est la degustation de fruits de mer et Greg ne mange pas de fruits de mer. Malgre une vague tentative d’apprentissage du saxophone avec l’ambition de devenir le « Charlie Parker » du coin, Il s’emmerde sec.

Donc, pour se changer les idees, presque tous les wek-ends il vient a Shanghai en bus (c’est long mais c’est pas cher).

On s’est rencontre en soiree. Sa passion pour la musique m’a incite a offrir l’hospitalite a ce barbu esseule et odorant qui ne savait pas ou dormir.

C’est donc assez logiquement qu’il est devenu mon locataire regulier du week-end et que l’on est devenus amis. Cette epoque fut tres festive mais aussi sportive car nous etions adpetes reguliers de parties de petanque ou de billard interminables.

 

Gregoire avait un peu de mal avec les filles. Il faut dire qu’il ne mettait pas toutes les chances de son cote. Il debarquait le vendredi soir muni de son bagage (un sac plastique Carrefour avec a l’interieur une brosse a dent et un bouquin) et le trimbalait de bar en bar toute la soiree. Quand il n’arborait pas fierement son acoutrement prefere (un maillot de l’equipe de France de foot), il s’habillait de Tshirts tellement uses que le col n’etait plus rond.

Et puis ce fut le grand retour vers la France : lui a Limoges (la Wen Ling francaise) et moi a Tours. On se voyait de temps en temps a Tours ou a Paris mais l’ambiance etait differente.

 

A quelques mois pres, nous sommes repartis en Chine en meme temps. Il faut croire que nos destins sont scelles. Nankin la grande est la nouvelle ville d’accueil de Greg. Il s’y plait bien et on le voit peu venir a Shanghai.

Cependant Il demissionne rapidement pour creer sa boite et prend un appart a Shanghai.

Commence alors une courte periode de sa vie un peu douloureuse. Il doit vivre sur ses sous avant de pouvoir eseperer en gagner. Cette notion d’investissement personnel lui est tres desagreable.

On se met a frequenter de maniere tres reguliere le « Face » (helas ferme aujourd’hui). Greg boit ses bierres a credit, nous promettant un remboursement au centuple lorsqu’il sera millionaire en 2008. Il sort un peu moins pour ne pas depenser, passe des nuits entieres en calcon derriere son PC a demarcher des clients par e-mail. L’argent sort de son compte en banque mais ne rentre pas, son esprit comptable s’affole.

 

Une proposition de Smerwick va le liberer de son angoisse. Il en devient le directeur financier.

Greg revit, retourne au restaurant, se remet a sortir. A une soiree au Face tres arrossee a laquelle je n’etais pas (je me demande toujours pourquoi d’ailleurs), il m’annonce avoir rencontre une nana tres « chouette » et qui picole plus que lui. C’etait Caroline. S’ensuit une longue phase amoureuse non depourvue neannmoins de quelques moments de stress comme la foi ou Greg attend un coup de fil de Caro mais il n’a plus de batterie dans son tel mais son chargeur est a son bureau et il est 4h du mat et le bureau est ferme mais il y va quand meme et casse la porte….c’est fou ce que l’amour fait faire.

La transformation de Greg a cette epoque est spectaculaire. Il s’habille fashion, il prend 1/2 kg par semaine, rentre se coucher tot (parfois meme en skipant le verre de l’amitie) pour retrouver Caroline et les 2 enfants : 2 Face et Spiderpig.

 

Un jour, apres un macth de foot visionne au O’malleys et autant de bieres que de joueurs sur la pelouse, Greg rentre chez lui vers 4h du matin, reveille Caroline et la demande en mariage. Elle accepte et nous voila tous ici pour celebrer l’evenement.

 

Il semble Greg, que le million que tu convoitais tant ne soit pas fait de billets de banque comme tu l’imaginais...Tu l’as trouve, il est a cote de toi en la personne de Caroline.

 

Tous nos voeux de bonheur a vous deux.

 

Zhok Lei Moon Hun Fo Fai Log

Nous sommes en plein anniversaire des grandes manifestations de la place Tienanmen. Elles ont eu lieu entre le 15 avril et le 4 juin 1989, il y a exactement 20 ans.
Ce dont nous nous souvenons, nous qui étions assez vieux pour voir la télévision, ce sont les chars que Pékin a envoyés sur les étudiants. Aujourd'hui les étudiants ne sont au courant que de quelques détails et le régime de Pékin a réussi à faire oublier Tienanmen, ou du moins à dégonfler tellement son contenu que les étudiants ne sont au courant que de l'existence de troubles dans les années 80.
Comme je l'écrivais lorsque j'enseignais en Chine, il fallait du temps pour qu'un titre de journal comme "Les enfants de Tienanmen" soit compris. 
Le mot de Tienanmen ne leur faisait pas penser aux massacres de 1989. L'article du Monde faisait le portrait de Hu Jia et sa femme, aujourd'hui en prison et en résidence surveillée. Les étudiants de l'université Fudan acceptaient sans problème que nous parlions de ces choses, mais ça ne résonnait pas très fort dans leur conscience, je dois l'avouer.
C'est peut-être une question de temrinologie. Le pouvoir des mots est essentiel et beaucoup dépend de ceux avec lesquels nous racontons l'histoire. Pour "Tienanmen 1989", faut-il parler de "massacres", de "manifestations", d' "événements", de "viols" ? Là encore, je parlais de ces questions de vocabulaire, par rapport aux grands événements de l'histoire, en 2006 lorsque j'habitais et enseignais en Chine. Je précise cela car je tiens à rappeler que je jouissais d'une liberté de parole totale, dans mes classes et dans mes blogs. J'étais peut-être surveillé, mes paroles étaient peut-être rapportées aux réunions des étudiants du Parti, on me l'a fait comprendre plusieurs fois, mais je n'ai jamais eu besoin de faire de l'autocensure.

Mais mon blog a été bloqué plusieurs fois. Pas le mien seul, mais tous ceux qui appartenaient à over-blog.com. C'est pourquoi j'en ai monté un autre sur lemonde.fr.

Or aujourd'hui, ce sont les blogs de blogspot qui sont bloqués, et ce, probablement, jusqu'à la fin des commémorations des "événements" de Tienanmen. Cela touche Neige et son Pays de Neige, qui ne peut plus être approvisionné. Même chose pour le blog d'Olivier David qui, lui, a monté un nouveau blog sur lemonde.fr.

Je lis dans Le Monde que la Chine débloque 4000 milliards pour des projets intérieurs, afin de relancer la demande intérieure, plutôt que de tout attendre des exportations, qui sont en forte chute.

C'est une bonne nouvelle pour tout le monde et c'est ce que l'on espérait depuis quelques années déjà. Cela devrait donner des emplois à quelques millions de Chinois, aider la population à faire face à la crise et, par extension, stabiliser le pays.

Bien sûr, les Occidentaux espèrent que, la Chine étant stabilisée, elle pourrait faire naître un modèle de croissance économique plus autonome, plus sain, et par suite importer en masse leurs produits, ce qui relancerait l'économie occidentale.

Impossible de savoir se cela va se produire, mais imaginons un instant que cela se produise, et mesurons les conséquences d'un tel événement dans le concert des nations. La Chine serait vue alors comme la seule puissance fiable, les Etats-Unis s'écrouleraient, honnis par le monde entier qui ne verraient en eux qu'un pays profiteur, vivant au crochet des autres.
Dans le même mouvement, je crois qu'il ne faut pas être Nostradamus pour deviner ce qui arriverait à d'autres choses qui accompagnaient notre civilisation hédoniste, profiteuse et endettée: la démocratie, la liberté d'expression, la liberté des moeurs, la liberté de mouvement, le confort de notre minorité anthropologique.



Son nom français est Amélie, je l'ai rencontrée lorsque j'étais son professeur étranger, en 2006. Elle était en deuxième année de français et sa classe s'est avérée une des meilleure classe que l'on pouvait imaginer. Mais j'en ai déjà parlé.
Elle, Amélie, a un destin particulier puisqu'elle est née et a passé son enfance dans la région la plus pauvre et la plus occidentale de la Chine, avant d'arriver, après d'assez nombreuses vicissitudes familiales, à l'université de la ville la plus riche et la plus à l'est de la Chine. Elle a traversé le pays dans ses grandes longueurs et parle un français très précis, à la prononciation impeccable.
Elle voudrait devenir professeur et j'espère qu'elle réalisera ses rêves, même s'il faut mettre en garde les bons élèves : qu'ils se méfient de leurs propres souvenirs d'élèves car il faudra travailler avec des jeunes gens qui ne seront pas aussi soucieux de plaire qu'eux-mêmes l'étaient.
Ecoute bien ton ancien professeur étranger, petite Amélie. Pour être un bon prof, il faut comprendre les mauvais élèves, les réfractaires, les insolents, les cancres, les bornés, les enragés, ceux qui pensent à côté des systèmes mis en place, et ceux qui ne pensent pas du tout. Il faut les comprendre pour qu'ils ne ruinent pas l'ambiance d'une classe, et pour faire éclore les qualités qu'ils ont en eux, s'ils en ont.
Amélie, elle, avait tout de la bonne élève, appliquée, anxieuse d'être dans les temps et dans les clous, toujours enthousiaste et prompte à venir en aide à ses camarades. Une petite perle que j'ai suivie pendant deux ans et qui, de presque enfant, est devenue une quasi chercheuse, capable d'entreprendre un mémoire sur l'identité sexuelle dans Le Rouge et le Noir.
Quelques sites font état d'une information troublante concernant les autorités chinoises : des policiers chinois auraient été à l'origine d'un terrible attentat à Kashgar, juste avant les J.O. de Pékin.
Des touristes américains ont vu des scènes horribles depuis leur hôtel : des policiers chinois tuant et découpant d'autres policiers chinois avec des couteaux, afin de faire croire à l'atrocité des terroristes ouïghours. Voir les photos, commentées par le touriste lui-même sur le site du
New York Times.
Je précise tout de suite que je ne sais pas ce qu'il faut croire et ne pas croire. Par avance, je sais que les Chinois diront que c'est une manipulation d'Occidentaux, que d'ailleurs on ne voit pas de crimes sur les photos, et qu'il n'y a aucune preuve. Les autres diront que cela ne les étonne pas, qu'il est évident que les autorités chinoises font des actes ignobles tout le temps.
C'est cette absolue mésentente qui m'inquiète et me dérange, moi. Je voudrais que les Chinois puissent s'informer et être informés des zones d'ombres de leur Etat et qu'ils développent une pensée critique et constructive sur la politique à mener. Mais je voudrais aussi, et surtout, que les Français ne tombent pas dans l'excès inverse qui est de voir les Chinois comme d'inhumains tortionnaires, tous capables de couper des bras de leurs collègues au couteau pour des raisons de domination territoriale.
C'est toujours la même problématique, il faut informer et chercher la vérité mais sans que la réalité provoque une émotion qui rende incontrôlable la réaction des uns et des autres.
Une information comme celle-ci doit absolument faire l'objet d'un traitement sérieux, et on doit essayer de connaître la vérité. Mais quelle que soit la vérité, il ne faut pas oublier que ces actes atroces ne sont pas proprement chinois. Plutôt que de voir les Chinois comme des assassins, ce qui est une pente perceptible chez un certain nombre de gens, il convient de tenter d'augmenter sa connaissance dans toutes les directions concernant la Chine : ne pas fermer les yeux devant les violences des pouvoirs, mais ouvrir aussi les yeux sur les qualités extraordinaires des populations chinoises.

Le règne de Bush a été responsable d’un grand retard dans la prise de conscience internationale. Avec l’aide des Anglais (de Tony Blair surtout), il a essayé de faire croire que ce qui comptait le plus au monde, c’était Al Qaeda, l’Irak, l’Iran, l’Afghanistan et le Pakistan. Cela va changer avec Obama qui a nommé des spécialistes de la Chine parmi ses conseillers. Jeffrey Bader, par exemple, qui semble être assez connaisseur de l’empire du milieu pour continuer à observer Taiwan comme un pôle de tension à venir, et qui a dressé un intéressant parallèle entre la situation de Taiwan et celle de la Géorgie dans une note typique des think-tankers de l’institut Brookings. Obama s’est aussi entouré de gens comme Kurt Campbell qui écrivait en 2007 combien il était important de s’intéresser de nouveau à Taiwan, ce qui souligne les risques de conflits armés dans cette région du monde.

Après l’investiture, on attendait Obama sur l’Irak ou l’Afghanistan, c’est bien entendu sur la Chine qu’il est d’emblée intervenu, car les Etats-Unis et la Chine se tiennent, si je puis dire, par les roubignoles, et nos équilibres à nous sont suspendus, si j’ose encore, à ces dernières. Les Etats-Unis dépendent de la volonté des Chinois d’éponger leur déficit en achetant des bons du Trésor. Les Chinois dépendent de la consommation des Américains pour soutenir leurs exportations et garantir leur croissance. Pour le moment, l’administration Obama hausse le ton, faisant planer des menaces. Un mot très fort a été lancé la semaine dernière: manipulation. La Chine a été accusée de “manipuler” le cours du yuan. Ne nous illusionnons pas. Cette gesticulation n’est que le début d’une longue négociation, d’un mano a mano qui va durer des années. Les Américains essaient de commencer les négociations sur une position de force, intimidante, afin de s’adoucir dans quelque temps et d’obtenir une réévaluation significative du cours de la monnaie chinoise. Ce qui est certain, et les Chinois le savent, c’est que les Américains ont besoin que la Chine continue de financer leur déficit. Ce qui est certain aussi, c’est qu’on aura besoin de la Chine sur de nombreux dossiers internationaux, en Afrique, en Asie centrale, en Asie du sud-est et en extrême-Orient.

Stratégiquement, militairement, il faut donc parer au plus pressé. Pour ce qui est de la Chine, et du point de vue de la communauté internationale, le plus pressé n’est pas le Tibet, qui est un problème mal posé et une cause vouée à l’échec (dans les termes posés par les Occidentaux en tout cas). Le plus pressé, c’est Taiwan, que la Chine veut “récupérer” indubitablement, et que les Etats-Unis ne peuvent pas lâcher. Le jour où ils lâcheront Taiwan, ce sera officiellement la fin de l’hyper-puissance, or ce n’est pas l’ambition d’Obama qui, au contraire, veut restaurer le leadership mondial de sont pays.

A notre niveau à nous, de sages précaires, ce qui nous reste à faire est de mieux connaître les deux pays qui sont en train de bipolariser le monde à nouveau. Précaires de tout pays, profitons de la baisse d’activité dans notre vieille Europe et partons en Chine et en Amérique. Nouons des contacts dès maintenant, apprenons le chinois à nos enfants. Ouvrons nos universités aux Asiatiques. Voyageons dans la culture chinoise, apprenons à l’aimer, nous ne serons pas déçus du voyage.

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